– Chronique de Chill pour « En Attendant la Suite » (21/09/16) sur Radio Zerosix

Avant de commencer je voudrais vous poser une question :

Quel est le rapport entre un prêtre catholique, France Culture et la cité des Tarterêts ?

La réponse en musique !

Vous les avez peut-être reconnu. Depuis le début du mois de septembre et la sortie de leur troisième opus, tout le monde ne parle plus que d’une seule chose, à savoir le groupe sensation du rap français en provenance de la cité des Tarterêts dans l’Essone, PNL.

Le Rap Français en 2016, c’est donc PNL ou rien pour reprendre la formule de leur titre phare « Le monde ou rien ». Alors pourquoi ? Pourquoi un tel engouement partout sur le net et jusque sur les ondes de France Culture qui consacrait récemment encore une émission autour des frangins de la bicrave ?

Loin de nous le rap conscient ? Vraiment ?

En bon amateur de Rap, de Hip-Hop et de musique en général, il fallait que je me penche là dessus. Impossible de ne pas observer et décortiquer le message de PNL et tout ce que cela pouvait nous dire sur l’état du rap français. Rentrée 2016, le gangsta rap ou rap old school hexagonal de la Fonky Family, de Lunatic et autre Scred Connexion est loin derrière nous et la nouvelle génération fait ses armes sur des instru Trap et Cloud, et le Mic est plongé dans l’auto-tune et le vocoder.

On se répète alors que plus rien ne sera jamais comme avant depuis que Booba a fait tomber le genre loin de ses origines. Plus tard Kaaris, Gradur et autre Jul enfonceront le clou chacun leur tour sur le cercueil du rap conscient des grands frères IAM et NTM.

Mais je ne suis pas là pour jouer les rageux ni pour répéter que c’était mieux avant. Parce qu’aujourd’hui PNL volontairement ou bien malgré eux dressent un constat sur l’état léthargique du Rap de France. Si musicalement il serait bien difficile de reprocher quoi que se soit à la formation qui avoue bien volontiers qu’elle n’est à aucun moment à l’origine de ses tracks, toutes achetées à coup de centaines de dollars sur des sites de producteurs Made in USA même si pour le nouvel album PNL a fait appel à un producteur français BBP,… tout cela pose aussi une autre question : PNL, est-ce bien encore du rap ?

pnl-yt

PNL ne rappe plus. Ne reste alors qu’une forme d’exclamation sur fond de punchlines millimétrées et pensées pour suivre un hashtag sur Twitter. Le discours est clairement désabusé et ne revendique plus rien sinon un état de fait qui dirait « ouais on a fait le tour, ok le deal est toujours notre quotidien, mais il n’y a plus de fantasme à nourrir là dessus ». Et plus loin encore,« la célébrité n’apporte rien sinon le bien matériel qui lui aussi ne rend toujours pas ce qu’il nous prend ».

Malgré tout ce que l’on peut penser, et malgré la forme, le discours est à la fois rôdé, affirmé et concluant. En gros « arrêtez de vous branler sur cette vie de deal, arrêtez de vous plaindre et d’exhiber vos galères ».

Ne plus exister que sur la toile

PNL en 2016 s’affirme aussi en dehors de médias mainstream et pourrait bien être le premier grand phénomène rap de l’époque YouTube. Pour rappel le titre « Naha », premier extrait de l’album « Dans la légende » cumule déjà bientôt 11 millions de vues en l’espace de même pas une semaine. Son clip est criant, d’une qualité fracassante. Sans fioritures, sans grosses liasses d’euros ni jeunes femmes dévêtues, PNL documente la réalité crasse de ce qu’il connaît le mieux : le deal en cité où les groupes rivaux ne s’affrontent plus mais se balancent vulgairement et laissent la police faire le ménage pour récupérer un bas de tour, ou bout de tier’quar.

« Mes goutes de sueur ont l’odeur de l’enfer »

 

« Nique ta célébrité, nique ton buzz

Sans ce putain de rap t’es plus rien, puta creuse

Je veux pas qu’on m’invite

Pardon la vie »

 

« Grosse te-pu tu me jalouses

En regardant YouTube tu me jettes l’œil

Je fais plus de E à chaque lettre sur ma feuille »

« Naha », Dans la légende, 2016

Rentrée 2016, PNL tient très certainement, et au delà des considérations de quelques médias bobos types Les Inrocks qui les encensent en espérant être dans le coup, le discours le plus lucide sur ce qu’il reste du Rap Français à ce jour.

Passé trente ans à chialer sur sa propre situation, le rap de France doit se renouveler et se regarder dans le miroir et dépasser ses vieilles batailles identitaires et sociales… Si le rap des années 90, début 2000 a connu une légitimité indiscutable et incarné selon certains une forme d’âge d’or il est important de reconnaitre que les batailles n’ont pas été gagné. La balance sociale n’a pas flanché à la faveur des plus faibles et il est ainsi temps de voir l’art urbain changer son fusil d’épaule.

Habemus PNL ! 

Je laisserai le dernier mot de cette chronique au Père Emmanuel Gougaud, prêtre de la paroisse Sainte Pauline au Visenet dans les Yvelines, qui citait récemment encore PNL dans son prêche :

“Pour moi, l’engouement que PNL suscite est symptomatique d’une société qui commence à comprendre que le matérialisme et la surconsommation ne rendent pas totalement heureux. Cela rejoint le message de Jésus de ce dimanche : Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent

Le Christ veut nous libérer de l’argent devenu une fin et plus un moyen, un maître et plus un serviteur !

Ok merci, Padre !

pnl-dans-la-legende


Photos : PNL 

artwork-bloum-welcome-to-the-light
Article précédent

3 titres 1 groupe : Bloum a vu la lumière !

misha-kapa-5
Article suivant

Misha Kapa : champignons, accordéon et alcool

No Comment

Leave a reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *