Misha Kapa c’est un peu l’ensemble de tous les clichés les plus cons que l’on peut avoir sur la Russie et ses russes. Son président « badass as fuck » et chasseur d’ours à mains nues, ses caméras embarquées dans les bagnoles qui nourrissent YouTube depuis bientôt 10 ans, ses bérets, ses joggings Adidas associé à des mocassins… et puis la Russie, la Vodka, et le meurtre ! Misha Kapa si vous voulez c’est Niko Belic, ivre avec un accordéon. Ou pour les moins gamers d’entre nous, ça serait le croisement entre Jerry Lee Lewis et un wagon de vodka. Et putain c’est magnifique.

Programmés à La Zonmé on ne saura jamais via quel miracle, le duo sibérien qui est aujourd’hui installé à Brême en Allemagne fait partie de ces artistes uniques dont le seul fait d’arme est d’exister. Une existence qui les place directement dans la légende. Il y a les groupes légendaires qui jouent dans des stades de foot comme Johnny ou les Foo Fighters (c’est bizarre de les mettre dans le même panier, hin ?). Et puis il y a les légendes qui vivent sur la route. A jouer pour rien dans des salles vides, des bars blindés, des squats sur lesquels planent en permanence les menaces d’expulsions.

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Misha Kapa comme tous ces groupes de l’Underground bien tapis dans l’ombre, continue d’écrire l’histoire de la musique populaire et des défouloirs post-adolescents tout en y ajoutant ses propres sangs, larmes et sueurs sur scène et ses propres crachats sur micros… Misha Kapa comme je le disais plus tôt, c’est l’histoire de deux amis qui se sont rencontrés aux champignons. Pendant que l’un sifflait et chantait à tue-tête dans la forêt sibérienne, l’autre le suivait tout en tendant l’oreille. D’une discussion à une autre, ils ont appris à éviter de choper la chiasse d’abord c’est vrai mais ils ont également attisé le feu d’une passion commune et nationale : l’accordéon.

En Russie comme dans de nombreux pays slaves et de l’ancienne URSS, l’accordéon possède une âme. L’instrument est chaque jour qui passe le garant d’une culture en survivance. Lorsque les Misha Kapa se déplacent en avion, ils réservent toujours trois sièges c’est vous dire.

Hier soir ils ont enflammé la Zonmé, ce lieu toujours prêt à ouvrir ses portes aux projets les plus dingues et les moins bankable… Quelques mois après Jessica 93 et Noir Boy George, revenir dans ce squat qui ne dit pas son nom pour se retrouver face à deux artistes russes qui reprenaient « Moi Lolita » à la sauce Punk Musette Russe, ça n’avait décidément pas de prix… Rencontre avec Oli, Vlad et leur accordéon.

JPA : Salut les gars, d’abord un énorme merci pour ce passage à Nice, on ne vous attendait pas, on ne vous connaissait pas et voilà qu’une putain d’explosion vient tout brûler sur son passage, Misha Kapa. C’est quoi l’histoire du coup, vous arrivez d’où ?

Misha Kapa : Nous venons du sud de la Russie pour Vlad, et de la Sibérie quant à moi. C’est d’ailleurs en Sibérie que l’on s’est rencontré lorsque nous étions adolescents. Chacun de nous avait décidé un jour de partir découvrir cette magnifique nature sauvage que peut être la forêt russe en Sibérie. Mais pour résumer, on était aux champignons et on s’est mis à discuter de quels champignons étaient comestibles et lesquels allaient finir par nous tuer, ou juste nous coller la chiasse.

Mais je dois dire que la voix de Vlad m’avait intrigué ce jour là. Du fond de la forêt je l’entendais chanter comme un dingue, et je me suis mis à partir à sa recherche, à suivre sa voix pour finir par lui tomber dessus en pleine forêt. On a parlé des champignons comme je disais, mais je lui ai surtout dit que je jouais de l’accordéon et nous avons décidé de faire de la musique ensemble. Nous n’étions que des gamins à cette époque, on devait avoir quelque chose comme 15 ou 16 ans. Nous nous sommes suivis, amis.

Aujourd’hui nous vivons en Allemagne, à Brême où nous avons déménagé pour suivre nos études. Mais oui, cette cueillette aux champignons nous a amené à jouer cette musique ensemble.

JPA : La Russie doit vous paraitre lointaine maintenant que vous vivez en Allemagne. Malgré cela vous avez préservé cette identité dans votre musique, votre jeu de scène. C’est forcément important, pas vrai ?

Misha Kapa : Tu nous a vu ? (rires) Bien sûr que nous avons souhaité garder notre identité musicale et esthétique russe !

C’est très important de garder près de nous cette identité folklorique avant tout. Nous avons à coeur de présenter au public un aspect très traditionnel de la musique et du mode de vie russe. Par exemple on ne souhaite pas intégrer de batterie ou de boîte à rythme dans notre musique. Tout simplement parce que je veux continuer à taper du pied sur ma plaque en bois comme le faisais nos aïeux. Cela doit rester le plus naturel possible et le plus humain également.

On nous qualifie souvent ici en Europe de Folk Punk, pourquoi pas. Mais nous sommes attachés à l’aspect traditionnel avant tout. Notre instrument central est l’accordéon, tu l’as vu. En Russie cet instrument a une âme propre. On peut même s’aventurer à dire que l’accordéon incarne l’âme de notre pays. Tu joues de l’accordéon, tu laisses sonner les accords, qui sifflent, qui soufflent et puis tu meurs, bien entendu sous des litres de Vodka.

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JPA : De quoi parlent vos chansons, au delà des reprises de Classic Rock ou de Standard Pop que vous interprétez également sur scène ?

Misha Kapa : Partout où nous allons nous essayons de nous approprier la culture locale. Ce soir, parce que nous sommes en France nous avons voulu chanter cette chanson, « Moi Lolita » par exemple. En Russie cette chanson a été très populaire, tu vois. Venir ici nous l’a rappelé alors on s’est dit, pourquoi pas. On aime rendre ce que le public ne nous a pas encore donné.

Particulièrement ici à la Zonmé où les gens nous ont très bien accueilli avec beaucoup de bienveillance et de gentillesse. Ils ne nous ont quasiment rien demandé avant de planifier notre arrivée dans ce lieu superbe, où on se sent libre. Quelques mots sur Facebook ont suffi à organiser notre venue.

C’est incroyable même si pour notre première date du 23 septembre il ne devait y avoir que 10 personnes devant nous. Ce soir le public s’est passé le mot et on a pu faire la fête. La première date elle-même nous a rassuré. Nous n’étions là que pour passer des vacances et voilà que l’on peut d’un coup jouer dans un lieu alternatif, plein de belles âmes. Alors une fois encore, merci la Zonmé.

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Ensuite, nous venons de passer une belle période en Allemagne avec beaucoup de concerts dans des clubs, des festivals. On a même jouer pour un mariage et un anniversaire. Nous avons pu jouer en Turquie, à Barcelone, chez nous en Russie aussi. Et nous pensons même aujourd’hui à partir jouer l’an prochain en Chine.

Hier alors que l’on jouait dans la rue, un jeune chinois nous a croisé et s’est penché sur notre musique un instant. Il était totalement surpris par ce que l’on faisait, l’accordéon, le chant, ma bouteille de Coca vide avec laquelle je tape la mesure…

Il nous a pris en photo et je lui ai dit, « mec, partons en Chine ! ». Quelques minutes plus tard, après quelques coups de fil, ce type est revenu vers nous pour nous apprendre que c’était ok, qu’il y avait différents plans possibles pour jouer en Chine. On a dit « d’accord, l’année prochaine on part chanter en Chine ».

JPA : Vous répétez souvent sur scène que n’importe qui du public sera invité et le bienvenu le jour de vos mariages respectifs ? Votre musique est un mélange de bonne humeur, de convivialité… il y a énormément de joie et surtout d’énergie qui se dégage de Misha Kapa. Votre musique est donc la bande originale des instants joyeux ?

Misha Kapa : Tu sais, par exemple lorsque nous sommes en Russie, et en Sibérie plus particulièrement où les mariages se déroulent de façon très traditionnelle, les gens montent, chantent et dansent sur les tables. C’est de cette façon que nous avons ajouté en plus de la voix et de l’accordéon, cette plaque de bois sur laquelle on tape avec nos pieds comme des fous pour donner le rythme. On s’est souvenu de comment en Sibérie, les hommes taper de leurs pieds à même les tables pour chanter encore plus fort.

Chaque concert nous apprend quelque chose de nouveau. Nous sommes heureux de voir le public si joyeux, si amusé et encore plus, réuni par notre musique. Alors oui, Misha Kapa doit pouvoir être la bande originale d’une vie de joie.

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JPA : Vlad, tu portes un superbe tigre sur ton blouson, mais aussi on pourrait dire sur ton torse, avec ces tatouages qui rappellent les rayures du félin. T’es une sorte de tigre, alors ?

Misha Kapa : De nombreuses personnes me posent cette question et sont intriguées par la signification de tous ça (rires). Bien sûr on pourrait penser au tigre et à sa férocité. Mais cela est bien plus une histoire d’art abstrait russe. Quelque chose de très typique. Des bandes rouges et noires pour rappeler la révolution, la recherche de l’avenir meilleur, de la joie et de la vie heureuse.

La Russie n’est pas un pays aujourd’hui où il est aisé de vivre, il ne faut pas se mentir. Ces dessins abstraits font que lorsque je bombe le torse dirons-nous, je porte l’espoir du peuple russe qui pourtant n’en a que peu parfois. L’espoir d’une vie plus douce. Je me tiens alors droit et fier comme pour dire au nom du peuple russe « It will all be good ! ».

JPA : Lors de votre passage sur scène ce soir vous avez repris ce titre mythique, « What Is Love » de Haddaway, et c’était complètement dingue. Cela sera ma dernière question pour ce soir avant de vous dire encore une fois merci, « What Is Love In Russia Today ? »

Misha Kapa : « Everything ! » (rires)

Je dirai que l’amour est une affaire plutôt difficile en Russie… mais, putain aucun journaliste ne nous a jamais posé une question pareille, je ne suis pas prêt pour ça ! (rires)

L’amour est la chose la plus difficile à obtenir en Russie, mais elle est aussi ce en quoi tout le monde croit et ce que tout le monde recherche.

JPA : Merci les gars. On espère vous retrouver très vite, vous serez toujours les bienvenus à Nice ! misha-kapa-0


Photos : Misha Kapa 

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