Depuis le mois d’octobre Julie Meunier fait parler d’elle avec un projet crowdfunding unique, les Franjynes. A 29 ans, rescapée d’un cancer du sein, si l’on peut ainsi dire, la jeune femme embrasse l’avenir mais aussi l’espoir de rendre le sourire et une féminité volée à toutes les femmes qui comme elle, ont perdu leurs cheveux parce que touchées par le cancer ou bien d’autres maladies.

Dernièrement la page Ulule des Franjynes affiche un palier dépassant les 100% mais ce n’est pas fini. Si l’aiguille poursuit son ascension, les Franjynes verront leurs petites sœurs les Franjynettes voir le jour. Julie veut aussi se tourner vers les enfants, et c’est magnifique. Rencontre sur espoir ascendant.

Je ne sais pas vous mais je me dis encore souvent que l’on rencontre toujours quelqu’un en deux temps. Pour ce qui est de nos simples connaissances tout est resté figé sur une première note qui n’appelle aucun accord, aucune mélodie. Il y a des personnes que l’on verra, que l’on croisera des dizaines de fois surement. En soirées, le temps d’un apéro avec des amis ou même bloqués devant un mauvais film au cinéma. On se sourit, on commente l’actualité ou le dernier sceud d’un groupe de post punk mais ça en reste là, la lumière passe et vous réchauffe peut-être mais rien ne semble vous éblouir.

Pour ce qui est du second temps, il s’agit tout bonnement de sentir quelques bases bouger en soi. Quelques secousses sur le plan de l’existentiel et des certitudes fragiles.

C’est ici, au bout d’une route sans marquage au sol que se distinguent et se dressent les amis et les belles personnes qui bientôt, ou déjà, vous inspirent des gribouillages, des notes de piano ou une chronique de colère à la radio un soir de semaine, un soir de novembre.

D’artiste contrariée à icône pop de l’espoir, à même pas 30 ans

D’une rencontre à une autre un soir de concert, un soir occupé à fumer clopes sur clopes en attendant l’entrée sur scène de je ne sais déjà plus quels groupes, on me présente une jeune femme rayonnante. Rayonnante façon sourire, optimisme et danse sous la pluie. Plus tard je l’apprendrai, elle se révèlera « artiste contrariée » puis surtout montagne de courage et source intarissable de bonheur pour qui voudrait douter un temps de la nécessité de vivre. Sous son turban plein de couleurs et de jolis nœuds, et derrière ses grands yeux d’un bleu plus bleu que les mers et autres fantasmes marins, Julie, 29 ans.

29 ans et le cancer. Le cancer du sein. T’as rien vu venir.

Pourtant sur J’Aime Pas l’Actu c’est un sujet qu’on ne connaît que trop bien.

Ca c’est le premier temps.

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Les jours passent et le temps manque, jusqu’au jour où les Dead Fox On The Road décident de se pointer dans les studios de Radio Zerosix. Quelques heures avant cela, ils annoncent qu’ils passeront avec une amie au projet formidable. Elle s’appelle Julie et elle veut rendre le sourire et surtout la féminité, la coquetterie aux femmes qui souffrent du cancer et perdent leurs cheveux. Putain !

« Salut Julie, tu passes demain à la radio alors ? On boit un verre ce soir pour préparer tout ça ? » – Oui, bien sûr !

Le deuxième temps c’est Julie, toujours 29 ans, toujours le cancer mais des projets plein la tête. La claque.

A lire sur J’Aime Pas l’Actu : Nina Pontieux, de l’autre côté de la maladie

Les Franjynes, personne n’y avait pensé

Julie et les Franjynes. Ces joyeux turbans qu’elle propose de coiffer sur la boule à z de celles qui comme elle, ont vu tomber leurs cheveux, et avec ces derniers toute leur féminité, leur identité physique et plus que jamais un élément centrale de leur personnalité. L’idée même des Franjynes tient en un turban et un système de frange qui se « clippe » gentiment sur la première repousse des cheveux ou bien s’intègre au dit turban. Tout ce système breveté aujourd’hui, et unique au monde surtout, vous est parfaitement expliqué sur la page Ulule de Julie.

Parce que oui, à l’automne 2016 les Franjynes c’est surtout un crowdfunding et l’espoir nourri chaque jour d’aider le plus grand nombre. Julie a déjà atteint un premier palier et aujourd’hui nous entrons dans ce qui sera la semaine la plus cruciale du projet. Si on peut déjà sabrer le champagne pour les tailles adultes, tout reste encore à faire pour la version mini, les Franjynettes. Les petites filles auront bientôt droit elles aussi à leurs créations. Ca dépend de chacun d’entre nous, alors faut s’y mettre !

Ca se passe juste ici : https://fr.ulule.com/les-franjynes/

Une icône, un personnage

Il est convenu aujourd’hui de voir en Julie une icône, un modèle survivor qui se dresserait face au refus d’un monde injuste, aléatoire et sans aucune forme d’absolu. Et pourtant derrière le projet des Franjynes, derrière ce sourire qui semble irradier un bonheur forcément contagieux, la jeune femme incarne et témoigne aussi à sa façon d’une injustice qui ne se résume pas seulement à la maladie.

Le cancer n’est pas une simple maladie dont il suffit de se soigner. Le cancer du sein ou quel qu’il soit d’autre est un état d’existence qu’il s’agit d’embrasser avec suffisamment de courage et peut-être parfois assez de folie pour accepter de ne plus être considéré autrement que comme une moitié d’être humain par le reste du monde, de la société. Et dans certains cas par ceux qui nous étaient les plus proches.

A lire sur J’Aime Pas l’Actu : A Monaco, la Fondation Flavien réunit les acteurs de la lutte contre le cancer 

Il n’y a rien de plus injuste que le cancer. Rien de plus injuste que de se sentir happer par cette lame de fond qui viendrait vous ensevelir à n’importe quel instant d’une vie. Que vos rêves vous portent vers le dessin, l’art, le voyage ou la simple idée de vieillir paisiblement auprès des vôtres. Il n’y a rien de plus injuste que le regard des autres qui vous dévisagent, vous et une boule à zéro que vous auriez décidé un matin d’assumer, ne serait que pour sentir l’air dans la rue passer au dessus de votre crâne et frôler votre épiderme. Il n’y a rien de plus injuste que la médiocrité crasse et égoïste de ces mains qui lâchent, de ces voix qui vous demandent de bien vouloir changer un peu de sujet ce soir, « parce que tu comprends, ça fout le cafard à tout le monde cette histoire ».

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Ca fait toujours peur la maladie. Mais qu’en est-il de la peur des autres quand on a enfin mis à terre l’effroi solitaire de disparaître d’un jour à l’autre. Ca pèse pas lourd le regard des autres tout à coup. Alors soit on s’enferme, on se coupe du monde en espérant que le téléphone ne sonnera plus jamais, soit on se révolutionne. L’un comme l’autre se valent.

Quelle sorte de courage et quelle force intérieure faut-il se découvrir aux fonds des tripes pour d’un coup se fixer dans un miroir et s’entendre dire « je vais mettre à profit mon arrêt maladie ». « Profiter de son cancer », faut l’entendre de vive voix cette putain de phrase pour y croire ne serait-ce qu’une seconde.

Et c’est ce qu’a fait Julie.

Un blog pour aider chaque femme à préserver sa féminité et une certaine forme de coquetterie avec Feminity And Jy. Des ateliers qu’elle aime à définir comme des « salon de coiffure sans cheveux », en partenariat avec la ligue contre le cancer, où chacune pouvait élaborer son propre turban et ressaisir ce que la maladie leur avait retiré. Puis voilà, les Franjynes aujourd’hui, les Franjynettes dans quelques heures surement. Et demain l’envie de se tourner vers la jeunesse, les ados dans les unités protégés des hôpitaux où bien souvent l’insouciance les oublie.

A lire sur J’Aime Pas l’Actu : A Monaco, tous en marche contre le cancer

Dédramatiser la situation et changer le regard que l’on porte sur la maladie, c’est tout un programme, toute idée. Fonce Julie, nous on te regarde grandir.

Julie était dernièrement l’invitée de l’émission En Attendant la Suite sur Radio Zerosix

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Crédit photos : Julie Meunier – Féminity And Jy

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