Il est 4h42. J’écris ce papier sans véritable raison. Tout ce qu’il y a à savoir (ou à ne pas ignorer), les médias télévisuels vous l’ont livré sur un plateau depuis minuit…

Que peut bien apporter un webzine dans cette sombre actualité? Des questions? Uniquement des questions, nous n’avons pas d’autre réponse…

Cet article a été rédigé à quatre mains. Julian Barelli, qui a retranscrit les interviews de témoins enregistrées pour Radio Zérosix. Et Sébastien Sigaut, qui s’est rendu sur place pour reportage.

La précipitation, l'horreur...

La précipitation, l’horreur…

Il est 22h45 lorsque je raccroche d’avec ma mère. À qui je décris les feux d’artifices aperçus au loin, depuis la Coulée verte, à proximité de la place Garibaldi. Aucun intérêt.

23h00: rentré chez moi, j’allume mon PC pour poursuivre quelques montages et traductions. Un appel, première alerte, puis d’autres, puis Facebook qui s’interroge. C’est certain, il se passe un drame à quelques centaines de mètres de ma porte.

Dans le doute, ne sachant pas trop quoi faire, j’embarque mon micro pour me rendre sur place. Je marche dans le Vieux Nice en direction de la Promenade des anglais. Le vent souffle, les rues sont sales, mais surtout vides. Les gens que je croise, marchent dans le sens opposé, et parlent, s’inquiètent, que s’est-il passé ce soir à Nice ? Sommes-nous en train de revivre l’effroi de novembre dernier ?

J’arrive tant bien que mal à hauteur du Casino Ruhl, qui ouvre la promenade des Anglais. Je me dirige vers le centre-ville et quitte le bord de mer. Et là, des policiers municipaux armés crient à l’arrière du bâtiment, on ressent les tensions… Un SDF loin d’être sobre avance au milieu de la rue et cause la panique…

La Promenade des Anglais, meurtrie...

La Promenade des Anglais, meurtrie…

Je croise un peu plus loin un collègue, Michel Bernouin, qui est là pour Reuters. Il me propose de grimper sur sa moto pour aller sur le lieu du drame. Nous nous arrêtons, prenons notre matériel, et en rejoignant le bord de mer deux policiers municipaux pointent leur arme sur nous. Tremblants et paniqués, cela se ressent dans leur voix, nous respectons les consignes calmement.

Après explications, nous finissons par rejoindre le bord de mer à hauteur du High Club, la discothèque qui se trouve à quelques pas de l’hôtel Negresco. L’armée est là, les consignes sont strictes, ne pas essayer de franchir le périmètre de sécurité. Travailler sur place en tant que journaliste est compliqué. Mais y travailler en tant qu’autorité l’est certainement davantage.

Nous rencontrons quelques témoins encore choqués sur place. Il est 00h30 Ils n’ont pas hésité à porter secours aux blessés, les bras couverts de sang, ils nous accordent de leur temps, un temps qui n’a plus vraiment de sens à cette heure-ci…

Nous vous proposons de lire l’interview de ces deux hommes, Tarubi Wahid Mosta et Frank Sidoli.

L’INTERVIEW de TARUBI

Au milieu du chaos de la Promenade des Anglais, Tarubi Wahid se tient avec dans les bras et pour compagnon un petit chien qu’il a trouvé apeuré sous un banc. Alors que l’animal semble bien incapable de retrouver son calme, le jeune homme de passage à Nice depuis Paris où il a déjà vécu deux attentats, raconte au micro de JPA ce qu’il a vu ce soir.

Tarubi, témoin du drame

Tarubi, témoin du drame

Tarubi Wahid : Je suis arrivé après les faits. Je suis descendu fumer une cigarette et j’ai trébuché sur un corps au sol, recouvert d’une bâche. Mais je me suis rendu compte qu’il y en avait beaucoup, partout. C’était éparpillé. Des familles étrangères certainement en vacances, des gens qui filmaient avec leur téléphone, une famille musulmane réunie autour d’une victime.

Il n’y avait quasiment aucun encadrement au début et on ne savait rien de ce qui s’était réellement passé. Des rumeurs parlaient d’échanges de tirs puis évidemment de ce camion qui aurait foncé dans la foule.

Là je tiens ce petit yorkshire qui est tout tremblant, je l’ai trouvé sous un banc avec sa laisse je ne sais pas vraiment ce que j’ai pouvoir faire pour lui mais on verra bien. Maintenant cette promenade ressemble à une zone de guerre étalée sur trois ou quatre cent mètres. Il y a des jouets cassés, des poussettes abandonnés puis sans rentrer dans les détails de l’horreur partout, c’est juste fou.

JPA : Ce soir vous étiez venu pour voir le feu d’artifice comme tout le monde ?

TW : Pas vraiment en fait, j’ai préféré esquiver étant donné que je n’aime pas trop les bains de foule. Nous sommes installés quelques rues au dessus de la promenade et lorsque j’ai descendu la rue Gambetta direction la mer, j’ai rapidement senti qu’une ambiance électrique étouffait l’espace. Les gens criaient, pleuraient… ça m’a directement ramenaient aux attentats de Paris que j’avais déjà vécu de l’intérieur.

Comme j’avais mon appareil photo sur moi je me suis dis que je pourrais peut-être prendre quelques clichés mais rapidement il était évident qu’il s’agissait avant tout d’aider, de réconforter les personnes sur place. J’ai moi-même du recouvrir un corps, j’en ai encore du sang sur la main, c’est vraiment violent.

JPA : A cette heure il y a donc bien des morts sur la promenade ? Ca semble difficile d’avoir des informations claires.

TW : Au début j’ai pensé que quelqu’un avait perdu le contrôle de son véhicule mais non, ce soir ce mec a véritablement voulu tuer et faire un maximum de dégât. Ce n’est pas un accident, c’est juste impossible. Il a réussi à rouler sur une longue distance et à faucher des dizaines de personnes.

Maintenant il y a une armée de morts par terre, c’est atroce, des enfants, des corps écrasés, démembrés. Un policier m’a parlé d’un père de famille retrouvé mort avec un bébé. Ce n’est pas un accident, c’est un massacre !

L’INTERVIEW de FRANK SIDOLI

Niçois, Frank était venu ce soir avec ses amis pour apprécier comme chaque année le feu d’artifice et le concert gratuit qui se déroulait sur la promenade. A la recherche de son scooter et encore halluciné par l’horreur d’un théâtre macabre il nous a raconté comment d’un coup des corps se sont littéralement mis à s’envoler.

Frank, deuxième témoin...

Frank, deuxième témoin…

Frank : Cela ne faisait pas trente seconde que nous avions rejoins la scène installée sur la promenade des anglais que j’ai aussitôt aperçu un camion débouler à toute allure et là, la première personne se faire faucher. Le corps du monsieur s’a tout bonnement volé et ce n’était que le début. Le camion a poursuivi sa course jusqu’à ce que l’on entende des coups de feu.

Le temps de se retourner pour poser notre regard sur le chaos semé par le véhicule et nous avons alors vu tous ces corps par terre. Je ne saurai même pas dire combien de secondes ou de minutes se sont écoulées à cet instant. Tout allait tellement vite, le véhicule, les tirs de la police puis l’empressement pour venir en aide aux personnes qui se trouvaient au sol. C’était la première et la seule chose à faire, je crois.

JPA : On voit que vous avez encore du sang sur les mains, comment ça s’est passé ?

Frank : Nous avons aidé une dame qui était prostrée par terre, complètement agare. Elle a perdu ses deux enfants, si nous en avons retrouvé un, le second est toujours disparu et nous ne savons pas du tout où il est. Est-ce qu’il est blessé, est-ce qu’il est décédé, on ne sait pas.

JPA : Parce que vous étiez vraiment sur place, est-ce que vous confirmez ce soir qu’il y a donc des morts ?

Frank : De ce que je peux vous dire, selon ce que j’ai vu, je dirai qu’il y a au minimum entre 35 et 50 morts. J’espère qu’il y en a moins…

Parce qu’hier à la même heure je profitais d’un théâtre de Verdure et de la guitare apaisante et envoûtante du duo Mexicain Rodrigo y Gabriela. Un jour plus tard, plus rien n’a de sens, les Festivals sont annulés, et nous retombons dans l’effroi d’une saison passée, dans la capitale…

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